Le polyamide est une fibre synthétique tirée du pétrole, et nylon n’en est pas une variante : c’est son autre nom officiel, celui que le règlement européen d’étiquetage place juste à côté. Elle encaisse le frottement, revient en forme après étirement et sèche vite, d’où sa présence dans les collants, les maillots de bain et les coupe-vent. Voici ce qu’elle vaut face au polyester, ce que valent les mentions PA, Tactel ou Econyl, et ce qui est fondé dans « polyamide danger ».


Le polyamide est un plastique filé : une résine de pétrochimie, fondue puis poussée à travers une filière pour donner un fil continu qu’on tricote ou qu’on tisse. Rien n’y pousse, tout y est construit.
Le règlement européen la définit par un détail de chimie : une « fibre formée à partir de macromolécules linéaires synthétiques ayant dans leur chaîne des liaisons amides récurrentes ». Ces liaisons amides la séparent de le polyester, bâti sur des liaisons esters. Rien à voir non plus avec la viscose, faite de bois, ni avec une fibre végétale comme le lin.
Polyamide et nylon ne sont pas deux matières voisines, ce sont deux noms de la même fibre. À l’entrée 30 de son annexe I, le règlement (UE) 1007/2011 intitule la fibre « polyamide ou nylon ». Les deux mots ont la même valeur sur une étiquette.

La confusion vient de l’histoire, et le web la raconte à l’envers. Chez DuPont, l’équipe de Wallace Carothers passe des glycols aux amines début 1934, et le 24 mai, Donald Coffman tire le premier filament. Le nom arrive après : « Nuron », puis « Nilon », puis nylon. Vient alors la décision qu’on lit rarement. DuPont choisit de ne pas déposer le mot : « the company then decided not to trademark the name, hoping instead to encourage consumers to think of nylon as a generic preexisting material, like wood or glass ». Ce n’est donc pas une marque devenue nom commun, c’est un nom lâché exprès dans le domaine public. Les bas seront vendus partout aux États-Unis le 15 mai 1940.
Le chiffre accolé au mot polyamide désigne la structure du polymère, pas un niveau de qualité : le 6.6 est le nylon d’origine de DuPont, le 6 celui que file l’industrie du maillot et de la moquette.
| Ce qui les sépare | Polyamide 6 | Polyamide 6.6 |
|---|---|---|
| Composition documentée | Les fabricants nomment le polymère sans publier son produit de départ | Deux produits assemblés, l’hexaméthylènediamine et l’acide adipique |
| Le mot de BASF | « Tenace », bon amortissement, résistant aux chocs même à sec et par temps froid | « Extrêmement rigide », résistant à l’abrasion et à la chaleur |
| Qui le file pour le textile | Aquafil, qui en tire son fil Econyl régénéré | Fulgar, qui en tire son fil Q-NOVA recyclé |
| Ce que vous en verrez | Rien, l’étiquette se contente du mot polyamide | Rien non plus, le chiffre reste dans les fiches techniques |
Le numéro est une information de filateur, pas d’acheteur. Il n’est utile que dans un cas : quand une marque le publie, c’est qu’elle connaît son fournisseur de fil.
Le polyamide part de produits de la pétrochimie, polymérisés en granulés, fondus, puis extrudés en filaments continus. Pour le 6.6, les deux briques sont connues depuis Carothers : l’hexaméthylènediamine et l’acide adipique, toutes deux tirées du pétrole.
Le filament sort lisse et brillant ; la texturation puis le tricotage décident du reste, si bien qu’un collant et une toile de sac partent du même polymère. Textile Exchange attribue au nylon 5 % du marché mondial des fibres en 2021, sur 72 millions de tonnes de synthétiques produites cette année-là, contre 54 % au polyester.
Le polyamide est le synthétique qui encaisse le mieux le frottement, et il n’absorbe presque pas l’eau : il la transporte vers l’extérieur au lieu de la stocker. Ces deux traits expliquent la quasi-totalité de ses usages.
BASF décrit son polyamide 6.6 comme un matériau « extrêmement rigide », résistant à l’abrasion et à la chaleur, et Mina Storm met du polyamide recyclé dans ses chaussettes « pour la résistance ». Côté humidité, Elia parle d’« un tissu respirant en polyamide qui permet à l’eau de s’évacuer rapidement à la sortie de la piscine ou de la mer ». Traduction honnête : rien ne reste dans la fibre, mais rien n’y est absorbé non plus. Par forte chaleur, le confort ne dépend plus de la matière mais du tricot. Maillage serré, vous transpirerez, quel que soit le logo.
Le polyamide est la fibre de l’abrasion et de l’élasticité, le polyester celle du volume et du prix : la question n’est pas laquelle est meilleure, mais laquelle correspond à la pièce.
| Critère | Polyamide (nylon) | Polyester |
|---|---|---|
| Chimie de la chaîne | Liaisons amides, définition du règlement européen | Liaisons esters, la famille du PET des bouteilles |
| Part du marché mondial des fibres, 2021 | 5 % | 54 % |
| Ce que met en avant le fabricant | Rigidité, tenue à l’abrasion et à la chaleur pour le 6.6 | Tenue dans le temps et coût de production bas |
| Version recyclée courante | Econyl, nylon 6 régénéré, et Q-NOVA, polyamide 6.6 recyclé | rPET, issu des bouteilles collectées |
| Là où on le choisit | Collants, maillots, doublures, coupe-vent, bagagerie | Sport, polaires, rembourrages, linge de maison |
Le raccourci polyamide plus solide, polyester moins cher n’est pas faux, mais il ne vaut qu’à qualité de fil comparable : un polyamide bas de gamme se déforme avant un bon polyester. Les autres fibres sont décryptées dans notre lexique des matières.
Dans une chaussette, le polyamide n’est pas là pour le confort mais pour la survie du talon : il encaisse le frottement que la laine et le coton ne supportent pas seuls.
La laine gagne sur le reste, la chaleur à poids égal, l’absorption de la vapeur, l’odeur. Elle perd sur l’usure, et c’est l’usure qui décide de la durée de vie de la paire : les compositions mixtes de nos chaussettes fabriquées en France sont un bon signe, pas un défaut. Sur les collants, il n’y a plus de match : aucune fibre naturelle ne donne cette finesse avec ce retour élastique. Le polyamide y règne, avec le défaut que tout le monde connaît, il file.
On porte du polyamide sans le savoir : collants, maillots de bain, doublures, coupe-vent, chaussettes, dentelle de lingerie et bagagerie en sont remplis.
Sur les maillots de bain, il est quasi incontournable et les marques le disent : Mina Storm écrit qu’« il n’est pas encore possible d’avoir des maillots en fibres naturelles ou très peu ». Un ordre de grandeur maison : en relevant les 655 fiches produits d’une marque française de prêt-à-porter, nous avons trouvé 316 compositions, le polyester cité 142 fois et le polyamide 98 fois, devant le coton et devant le lyocell.
Porté, le polyamide ne présente pas de risque documenté ; lavé, il relâche des microfibres plastiques, et c’est là qu’est le vrai sujet.
Le chiffrage le plus solide vient de l’Agence européenne pour l’environnement, briefing du 10 février 2022 : 200 000 à 500 000 tonnes de microplastiques textiles rejoignent chaque année le milieu marin mondial, et 13 000 tonnes partent dans les eaux de surface européennes, soit environ 25 grammes par personne. Les textiles synthétiques pèsent autour de 8 % des microplastiques européens rejetés en mer, 16 à 35 % dans le monde. L’agence rappelle aussi que les textiles naturels en relâchent.
Sur la peau, ce n’est pas la fibre qui pose question mais ce qu’on met dessus, teintures et apprêts : c’est le rôle de la certification Oeko-Tex, qui plafonne les substances nocives dans le produit fini. Pour une fibre naturelle biologique, le repère est ailleurs, du côté du label GOTS.
Les deux fils recyclés les plus cités ne recyclent ni la même chose ni de la même façon, et l’écart entre eux compte plus que celui qui les sépare de la fibre vierge.
Aquafil présente l’Econyl comme « a regenerated nylon 6 made entirely from 100% pre- and post-consumer waste », aux performances identiques au nylon vierge, obtenu par dépolymérisation chimique et « recyclable an infinite number of times ». Le post-consommation compte : cordages et filets de pêche en font partie, donc du déchet déjà présent dans la nature.
Fulgar joue autrement avec Q-NOVA, « a recycled polyamide 6.6 fiber » obtenue par un procédé mécanique sans chimie et « composed of over 50% waste materials from Fulgar’s production cycle ». Le déchet est ici interne à l’usine : utile, mais cela ne retire rien de l’océan et le taux recyclé plafonne au-dessus de 50 %, pas à 100 %. Aucun des deux ne supprime les microfibres au lavage.
L’entretien du polyamide tient en quatre gestes : 30 degrés maximum, un filet, aucun adoucissant, séchage à l’air. Ce sont les consignes que Mina Storm publie pour ses pièces, et elles valent pour presque tout le polyamide du commerce.
Deux mots seulement ont une valeur réglementaire, polyamide et nylon ; les autres sont des noms de fils déposés par des filateurs.
Aucune fibre polyamide d’habillement n’est filée en France : une marque française la tricote, la teint ou la confectionne, elle ne la produit pas. Nous n’avons trouvé aucun filateur installé ici, et les marques vérifiées le confirment en creux.
Mina Storm publie la chaîne complète de sa dentelle, à 86 % de polyamide dont 21 % recyclé : « les fibres viennent d’Italie, d’Allemagne et de Slovénie. Elles sont filées en Italie ou en Allemagne. Pour finir, elles sont tricotées et teintes en Italie. » Ses ateliers de confection sont au Maroc et en Tunisie, et elle l’écrit.
Cela ne condamne personne. L’Union des Industries Textiles recense 2 164 entreprises et 61 296 emplois pour 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec des métiers qui vont de la filature au tricotage et à l’ennoblissement. Le savoir-faire français se joue sur la transformation du fil, jamais sur sa création : c’est la nuance entre ce qui fait qu’une marque est française et une pièce réellement assemblée ici, détaillée dans nos sélections de vêtements fabriqués en France. Méfiance devant la fiche produit qui colle « polyamide » et « made in France » sans dire quelle étape est française.
Dans notre annuaire, le polyamide se paie de 14,90 euros la paire de chaussettes à une cinquantaine d’euros le bas de maillot technique. Deux maisons en documentent assez pour qu’on en parle.
Mina Storm détaille l’origine de ses fils et privilégie le recyclé, jusqu’à la doublure de ses maillots à 82 % de polyamide Q-NOVA. Elia joue la certification, avec l’Oeko-Tex Standard 100 sur ses produits et l’Origine France Garantie sur sa fabrication, tout en assumant des maillots à 80 % de polyamide.
| Article | Composition affichée | Prix relevé le 12 septembre 2026 |
|---|---|---|
| Chaussettes barefoot Zola, Mina Storm | Coton biologique, polyamide recyclé, élasthanne | 14,90 € |
| Bas de maillot nouettes Calypso, Elia | 80 % polyamide, 20 % élasthanne, doublure 100 % polyamide | 33,15 € |
| Brassière réversible Calypso, Elia | 80 % polyamide, 20 % élasthanne, doublure 100 % polyamide | 34,00 € |
| Bas de maillot Arielle, Elia | Tissu maillot en polyamide, gousset coton bio, anti-fuite polyester | 50,15 € |
Une fibre synthétique fabriquée à partir de pétrole, filée en filaments continus. Le règlement européen la définit par les liaisons amides de sa chaîne, qui la distinguent du polyester. On la trouve surtout dans les collants, les maillots de bain, les doublures et la bagagerie.
Deux synthétiques, deux chimies. Le polyamide résiste mieux au frottement et s’étire davantage, ce qui le rend incontournable en collants et en maillots. Le polyester coûte moins cher et pèse 54 % du marché mondial des fibres, contre 5 % pour le polyamide.
Oui, strictement. Le règlement européen 1007/2011 nomme la fibre « polyamide ou nylon » à l’entrée 30 de son annexe I. Nylon est le nom inventé par DuPont dans les années 1930, que l’entreprise a volontairement choisi de ne pas déposer comme marque.
Pas pour qui le porte, aucun risque documenté n’est associé à la fibre. Le problème est au lavage, avec les microfibres plastiques relâchées en machine. Pour les irritations, ce sont les teintures et les apprêts qui sont en cause, d’où l’intérêt d’une certification Oeko-Tex.
La fibre ne produit pas de chaleur. Ce qui réchauffe, c’est l’air emprisonné par le tricot ou le garnissage : une doudoune à coque polyamide tient chaud, un collant fin ne tient rien. La matière seule ne dit donc pas grand-chose du confort thermique.
Le polyamide est un synthétique utile, irremplaçable même sur trois usages : les collants, les maillots de bain et les renforts de chaussettes. Une marque qui en met là n’a rien à se reprocher. Nous préférons de loin un maillot en polyamide recyclé et traçable à un maillot en polyamide vierge anonyme, pour un écart de prix modeste.
Deux réserves. Le lavage d’abord : sans filet et à 40 degrés, vous userez ces pièces vite et vous enverrez des microfibres à chaque cycle. Le discours ensuite. Une marque française peut vendre un vêtement en polyamide, elle ne peut pas laisser croire que la fibre vient d’ici. Nommez-moi le filateur, le tricoteur et l’atelier, et j’achète, même si pas un des trois n’est installé ici.
Vêtements, chaussures, accessoires : retrouvez les marques qui fabriquent en France, leurs ateliers et leurs engagements, classées par univers.
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