Le lyocell est une fibre artificielle obtenue en dissolvant de la cellulose de bois dans un solvant, puis en refilant cette solution en filaments. Ni naturelle comme le coton, ni synthétique comme le polyester : c’est du bois transformé chimiquement en textile. Voici ce qui le sépare du Tencel, de la viscose et du modal, ce qu’il vaut sur la peau, et pourquoi aucune marque française ne le fabrique ici.


Le lyocell est une fibre cellulosique artificielle : du bois feuillu réduit en pâte, dissous dans un solvant, puis extrudé en filaments que l’on file et que l’on tisse. La matière première pousse, le fil, lui, sort d’une usine chimique.
Le textile range ses fibres en trois familles. Les naturelles, prélevées telles quelles sur une plante ou un animal, comme une fibre végétale comme le lin. Les synthétiques, construites de bout en bout à partir d’une ressource fossile, comme un synthétique issu du pétrole. Et les artificielles, à cheval : une ressource végétale, mais une transformation chimique pour en faire un fil. Le lyocell est dans cette troisième case, avec la viscose et le modal.
Le nom qui compte sur une étiquette est celui de la fibre : lyocell. On le croise aussi écrit lyocel, liocell ou lyocelle. Même produit, orthographe approximative.
Tencel n’est pas une matière : c’est la marque déposée sous laquelle Lenzing vend son lyocell et son modal. Quatre mots circulent pour trois procédés et une seule matière première, le bois. Le tableau les remet en ordre.
| Ce que vous lisez | Ce que c’est | Procédé | Ce que ça vous dit |
|---|---|---|---|
| Lyocell | Le nom de la fibre | Dissolution directe dans le NMMO, circuit fermé | Rien sur le producteur ni sur la forêt |
| TENCEL Lyocell | La marque de Lenzing, groupe autrichien | Le même procédé, chez un producteur nommé | Un fabricant identifiable, qui publie son procédé |
| Viscose | La doyenne des fibres cellulosiques | Soude, puis xanthation au disulfure de carbone, filage en bain acide | Moins chère, chimie de procédé bien plus lourde |
| Modal | Une viscose modifiée | Voie viscose, avec d’autres paramètres de filage | Tenue à l’état humide plus élevée que la viscose |
Un tissu peut donc être « 100 % lyocell » sans être du Tencel : d’autres filateurs, surtout asiatiques, produisent la même fibre. La marque n’améliore pas le toucher, elle vous dit qui a fabriqué et ce qu’il accepte de documenter.
Le lyocell se fabrique en dissolvant la pâte de bois dans un oxyde d’amine, le NMMO, dont Lenzing annonce récupérer et réutiliser environ 99,8 % en circuit fermé. La pâte est mise en suspension dans un mélange d’eau et de NMMO, l’eau s’évapore, la cellulose se dissout et forme une solution épaisse. Cette solution est filtrée puis poussée à travers des filières très fines dans un bain de filage. Les filaments sont ensuite lavés, apprêtés, séchés et coupés.
Le vrai sujet est ailleurs : dans ce que le procédé évite. Pour faire de la viscose, la cellulose est trempée dans la soude puis mise à réagir avec du disulfure de carbone, l’étape dite de xanthation, avant d’être filée en bain acide et désulfurée. Le lyocell saute cette chimie entière. Pas de dérivé chimique de la cellulose, un seul solvant, et ce solvant revient dans le circuit.

Une nuance de vocabulaire, qui a son importance. La marque Angarde écrit que le Tencel « est un produit dans un circuit à boucle quasi-fermée », et le mot quasi est plus honnête que le raccourci habituel. Récupérer 99,8 %, c’est en perdre 0,2 %, sur des volumes industriels.
Le lyocell part de bois feuillu, eucalyptus ou hêtre selon les sites, et la seule question qui compte vraiment est celle de la forêt dont il sort. Lenzing transforme le bois en pâte dans trois bioraffineries : à Lenzing en Autriche, à Paskov en République tchèque et à Indianópolis au Brésil. Le tronc y est séparé en composants, la pâte partant en fibre, le reste en co-produits comme l’acide acétique, le furfural ou le lignosulfonate de magnésium.
Deux certifications encadrent l’origine de ce bois, FSC et PEFC. Elles portent sur la gestion de la forêt, pas sur la fibre finie. Nous n’avons pas trouvé de page officielle donnant la part exacte de bois certifié : nous ne l’écrivons donc pas.
L’ONG Canopy note chaque année les producteurs de fibres cellulosiques sur leur risque d’approvisionnement en forêts anciennes et menacées. Son rapport 2025 indique que 70 % des producteurs évalués décrochent une note verte ou mieux, alors qu’aucun n’était vert en 2016. Le secteur reste modeste : Textile Exchange comptait 7,2 millions de tonnes de fibres cellulosiques artificielles en 2021, soit 6,4 % du marché mondial des fibres textiles.
Le lyocell capte l’humidité dans le corps de la fibre au lieu de la laisser stagner en surface, ce qui le rend frais à porter et lent à prendre les odeurs. Lenzing résume ses fibres par deux promesses, « exceptional softness for next-to-skin applications » et « superior moisture management for activewear » : douceur au contact de la peau, gestion de l’humidité. Cela explique où on le trouve, sous-vêtements, chemises d’été, pyjamas, vêtements de sport.
La meilleure démonstration vient d’un usage extrême. Réjeanne construit ses culottes menstruelles en trois couches et confie l’absorption à celle du milieu, « un tencel ultra-fin et eco-friendly qui absorbe le flux de façon ultra-rapide et continue ». Quand une marque brevète un produit dont tout dépend de l’absorption, son choix de fibre vaut argument.
Reste le toucher. Le lyocell est lisse et fluide, il tombe droit et prend bien la teinture. Aucune mesure ne tranche sur ce terrain, c’est affaire de goût, mais cela explique qu’on le voie en robes, en chemises et en draps plutôt qu’en maille épaisse.
Le lyocell offre la fraîcheur d’une fibre végétale avec une chimie de fabrication bien plus propre que celle de la viscose, mais il reste cher, exigeant au lavage et produit très loin d’ici.
| Ce qu’il fait très bien | Ce qu’il fait mal |
|---|---|
| Absorbe l’humidité et reste frais à même la peau | Coûte plus cher qu’une viscose d’aspect équivalent |
| Solvant récupéré à 99,8 %, sans disulfure de carbone | Froid, essorage doux, fer tiède : rien d’increvable |
| Fibre certifiée biodégradable et compostable par son producteur | Aucune production en France, et une seule usine de pâte en Europe de l’Ouest |
| Prend la teinture, tombe bien, ne gratte pas | « Fibre de bois » ne dit rien de la forêt ni du filateur |
| Se mélange sans peine au coton, au lin ou à l’élasthanne | Mélangé à du polyester, il perd sa biodégradabilité |
Le mot danger revient souvent dans les recherches sur cette matière. Mettons-le à sa place : le NMMO est un solvant de procédé, il n’est pas dans le vêtement fini. Ce qui reste dans un tissu, ce sont les teintures et les apprêts, et c’est le label Oeko-Tex qui s’en occupe, pas le nom de la fibre.
Le lyocell se lave à froid ou à 30 degrés en programme délicat, s’essore à 400 tours maximum et se repasse à 110 degrés. Ce sont les consignes qu’Angarde publie pour ses pièces en Tencel, et elles valent pour à peu près tout le lyocell du commerce.
Sur le rétrécissement, soyons nets : aucun producteur ne publie de taux, et nous n’allons pas en inventer un. La consigne unanime des marques est le lavage à froid, et le fait qu’elles la répètent partout suffit à comprendre. Un lyocell passé au sèche-linge ou lavé chaud est un lyocell qui bouge.
Sur une étiquette, « lyocell » désigne la fibre, « TENCEL Lyocell » désigne un lyocell de Lenzing, et « eucalyptus » ne désigne rien du tout. Trois mentions à savoir distinguer avant de payer un supplément.
Aucune fibre lyocell n’est produite en France : une marque française peut la tisser, la teindre et la coudre, elle ne peut pas la filer. La page des implantations de Lenzing, premier producteur mondial, ne mentionne aucun site français, et ses bioraffineries sont autrichienne, tchèque et brésilienne. Nous n’avons trouvé aucun autre producteur installé ici. C’est une matière importée, sans exception connue à ce jour.
Ce que cela change à l’achat mérite d’être posé calmement. « Lyocell » et « fabriqué en France » ne se contredisent pas, ils parlent d’étapes différentes. Une marque peut acheter du fil européen, le faire tricoter et teindre en France, confectionner dans un atelier français, et son vêtement sera légitimement français avec une fibre autrichienne. C’est exactement la mécanique du coton, détaillée dans notre page sur ce qui fait qu’une marque est française.
Méfiance, en revanche, devant une fiche produit qui pose côte à côte « lyocell » et « made in France » sans préciser laquelle des étapes est française. Nos sélections de vêtements fabriqués en France réclament cette précision avant d’inscrire une marque, et beaucoup ne la fournissent pas.
Chez les marques françaises de notre annuaire, le lyocell arrive presque toujours tissé au Portugal, et se paie de 19 euros pour une pièce de lingerie à 130 euros pour un ensemble de nuit. Deux maisons documentent assez leur chaîne pour qu’on puisse en parler.
Angarde est le cas le mieux renseigné. Sa page matériaux nomme ses fournisseurs : un oxford en Tencel certifié Lenzing tissé chez Somelos au Portugal, une maille 70 % Tencel et 30 % coton bio chez Matias & Araujo, au Portugal également. Ses ateliers sont espagnols et portugais, pas français, et la marque l’écrit noir sur blanc. Réjeanne emploie le tencel autrement, en couche absorbante de ses culottes menstruelles, avec une confection répartie entre le Vietnam, la Tunisie et la France.
| Article | Prix relevé le 10 septembre 2026 | Ce que la marque documente |
|---|---|---|
| Short Manly Tencel, Angarde | 55 € | Tissu portugais, atelier en Espagne |
| Ensemble pyjama Montana Tencel, Angarde | 130 € | Maille Tencel et coton bio, région de Guimarães |
| Culotte menstruelle à couche tencel, Réjeanne | 19 à 49 €, promotions comprises | Ateliers au Vietnam, en Tunisie et en France |
Un repère de comptage pour finir, tiré de notre propre travail d’annuaire. En passant au crible les 655 fiches produits de FRNCH pour rédiger sa fiche, nous avons trouvé 316 compositions affichées : le polyester y apparaît 142 fois, la viscose 50 fois, le lyocell 13 fois. Chez les marques françaises de prêt-à-porter, cette fibre reste une exception, pas un standard.
Non, il est artificiel. Sa matière première est naturelle, du bois, mais elle est dissoute dans un solvant chimique puis refilée. On le classe avec la viscose et le modal, entre les fibres naturelles comme le coton et les synthétiques issues du pétrole.
Aucune sur la matière. Lyocell est le nom de la fibre, Tencel est la marque déposée du groupe autrichien Lenzing, qui en est le premier producteur. Un tissu 100 % lyocell peut venir d’un autre filateur : la marque désigne le fabricant, pas une qualité supérieure.
Le lyocell pour les pièces portées à même la peau l’été, draps, chemises, sous-vêtements : il évacue mieux l’humidité et tombe plus fluide. Le coton pour les pièces robustes lavées souvent et chaud, un jean ou un sweat, où l’entretien doux du lyocell devient contraignant.
Non, c’est plutôt l’inverse. La fibre absorbe l’humidité dans son corps au lieu de la laisser entre le tissu et la peau, ce que Lenzing appelle une gestion supérieure de l’humidité. Résultat : une sensation de fraîcheur et des odeurs qui mettent plus longtemps à s’installer.
Aucun producteur ne publie de taux de rétrécissement, donc pas de chiffre ici. Ce qui est certain, c’est que toutes les marques imposent la même consigne : lavage à froid ou 30 degrés en délicat, essorage à 400 tours, séchage à l’air. Le sèche-linge est à proscrire.
Le lyocell est la meilleure des fibres cellulosiques disponibles aujourd’hui, et de loin la plus fréquentable des trois. Un solvant récupéré à 99,8 % contre un procédé au disulfure de carbone, ce n’est pas un détail d’argumentaire, c’est un écart industriel réel. Pour un drap, une chemise d’été ou un sous-vêtement, nous le préférons sans hésiter à une viscose classique.
Deux réserves, tout de même. La première tient à l’entretien : si vous lavez tout à 40 degrés et passez tout au sèche-linge, cette fibre n’est pas pour vous, prenez du coton. La seconde tient à l’origine. Le lyocell voyage forcément, et une marque qui écrit « fibre naturelle française » sur un vêtement en lyocell se moque de vous. Celle qui nomme son filateur, son tisseur et son atelier mérite votre argent, même si aucun des trois n’est en France.
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