Le modal est une viscose améliorée : même cellulose de bois, même famille des fibres artificielles, mais un procédé de filage modifié qui lui donne une bien meilleure résistance une fois mouillée. Cette tenue à l’état humide est sa définition légale : le règlement européen la nomme par un résultat de mesure. Voici ce qui la sépare de la viscose et du lyocell, ce que valent TENCEL Modal, MD et Micromodal, et pourquoi vous la croisez presque toujours mélangée à du coton.


Le modal est une fibre cellulosique artificielle : du bois réduit en pâte, dissous par voie chimique, puis reconstitué en fil textile.
Le textile se partage en trois familles : les fibres prélevées telles quelles, comme le lin, celles construites à partir d’une ressource fossile, comme du polyester ou le polyamide, et les artificielles, d’origine végétale mais de fabrication chimique. Le modal loge dans la troisième, comme la viscose et le lyocell.
Textile Exchange pesait cette famille à 7,2 millions de tonnes en 2021, à peine 6,4 % de toutes les fibres produites dans le monde. Les autres sont dépliées dans notre lexique des matières.
Le modal est le seul cas du lexique où le nom de la fibre récompense une performance mesurée : sans le résultat, pas d’appellation.
À l’entrée 22 de son annexe I, le règlement (UE) n° 1007/2011 décrit une « fibre de cellulose régénérée obtenue moyennant une procédure viscose modifiée ayant une force de rupture élevée et un haut module au mouillé ». Deux grandeurs suivent, la force de rupture à l’état conditionné et celle qui donne un allongement de 5 % à l’état mouillé, rapportées à la masse linéique en décitex, par des formules que nous n’avons pas pu extraire du texte en ligne.
Lenzing le dit en une phrase : ses fibres modal suivent un chemin proche de la viscose, « but with specific modifications to the spinning solution and process settings, resulting in fibers with characteristically high wet strength ». Même chimie de base, autres réglages.
Trois fibres, un seul arbre : ce qui les distingue n’est pas la matière première mais la façon de dissoudre la cellulose et de la refiler.
| Critère | Viscose | Modal | Lyocell |
|---|---|---|---|
| Entrée dans l’annexe I du règlement (UE) 1007/2011 | Entrée 25 | Entrée 22 | Entrée 33 |
| Ce que dit la définition officielle | Cellulose régénérée obtenue par le procédé viscose | Procédure viscose modifiée, force de rupture élevée et haut module au mouillé | Dissolution et filage en solvant organique, sans formation de dérivés |
| Produit chimique clé du procédé | Disulfure de carbone, à l’étape de xanthation | Disulfure de carbone, même étape | NMMO, récupéré à environ 99,8 % selon Lenzing |
| Comportement mouillé | Le point faible de la fibre | Le critère qui lui donne son nom | Élevé, sans être un critère d’appellation |
| Place dans la famille selon Textile Exchange | La première en volume du groupe | Matière polyvalente pour l’habillement | Matière polyvalente pour l’habillement |
Modal et viscose partagent le même produit chimique de procédé, donc le même sujet industriel, quand le lyocell suit une autre voie. Le détail est dans nos pages sur le procédé viscose et sur le lyocell.
TENCEL Modal désigne un producteur et pas une qualité de matière, et LENZING Modal ne parle même pas de vêtement.
La preuve que du modal générique existe vient de Lenzing : sa page produit annonce des fibres TENCEL Modal « made with at least 50 percent less carbon emissions and water consumption compared to generic modal », calculs ISO 14040 et 14044 publiés via le Higg MSI. On ne se compare pas à un produit inexistant. Le second producteur identifié est indien : Birla Cellulose vend un Birla Modal et un Livaeco Modal, revendique le même « High Wet Modulus », sans publier de chiffre.
| Mention sur le produit | Ce qu’elle désigne réellement | Ce qu’elle vous garantit |
|---|---|---|
| modal | Le nom légal de la fibre, quel que soit le filateur | Le résultat du test au mouillé, rien d’autre |
| TENCEL Modal | La marque textile du groupe autrichien Lenzing | Un producteur identifié, du bois certifié ou contrôlé FSC ou PEFC, un marqueur moléculaire de traçabilité et une licence EU Ecolabel AT/016/001 |
| LENZING Modal | La même famille de fibres poussée vers l’emballage, filets à fruits et sacs réutilisables | Une aptitude au contact alimentaire testée par le laboratoire suisse SQTS, pas une promesse vestimentaire |
| Birla Modal, Livaeco Modal | Les gammes modal du producteur indien Birla Cellulose | Un haut module au mouillé revendiqué et un traceur moléculaire, sans chiffre publié |
Le modal se vend rarement seul : il adoucit et affine un tissu dont le coton assure la structure et le prix. Les deux fibres se complètent au lieu de se concurrencer, et un mélange moitié coton moitié modal n’est pas un modal dégradé, c’est le standard du sous-vêtement.

Sur un boxer présenté comme confectionné en France, le jersey de 160 g/m² affiche 47 % de modal, 47 % de coton et 6 % d’élasthanne, à 29 euros. En lingerie la part monte : chez Mademoiselle Culotte, le corps de la culotte menstruelle Marie est donné pour 92 % de modal et 8 % d’élasthanne. En prêt-à-porter elle chute : sur les 668 fiches produits de FRNCH, les 18 références qui citent le modal sont toutes des mélanges, d’un polo à 60 % à une maille où il tombe à 18 %.
Le modal est doux, absorbant et plus stable au lavage que la viscose, mais aucun producteur ne chiffre son rétrécissement ni son boulochage.
Lenzing reste prudent : « the cross-section of TENCEL Modal fibers and their tenacity favor fabric softness, allowing them to withstand repeated washing and drying cycles ». La section de la fibre et sa ténacité font la main du tissu, et expliquent que le toucher survive aux lavages. Il parle aussi d’absorption puis de restitution de l’humidité, avec pour effet « a drier microclimate on the skin ».
Deux affirmations très répandues manquent à l’appel. Le « modal absorbe 50 % de plus que le coton » n’apparaît sur aucune page primaire consultée. Le rétrécissement et le boulochage, personne ne les chiffre, et les marques imposent quand même 30 degrés. Une fibre ne chauffe pas non plus seule : un jersey fin reste frais, une maille épaisse du même fil tiendra chaud.
Le modal encaisse mieux la machine que la viscose, ce qui ne l’autorise pas à tout : 30 degrés, essorage mesuré, séchage à l’air.
Un seul mot a une valeur légale dans une composition, et c’est modal.
Ce qui sépare le modal du lyocell n’est pas l’arbre, c’est une molécule de procédé : le disulfure de carbone.
La voie viscose, celle du modal, passe par la xanthation, où la cellulose alcaline réagit avec ce produit. L’INRS le classe H361fd, susceptible de nuire à la fertilité et au fœtus, et H372, risque avéré d’effets graves pour les organes en cas d’exposition répétée. Enjeu d’atelier, pour les salariés, pas résidu du vêtement. La voie lyocell s’en passe. Le classement habituel, modal entre viscose et lyocell, tient à cela.
Sur la forêt, Lenzing donne le bois de ses fibres TENCEL Modal pour certifié ou contrôlé, FSC-C041246 et PEFC/06-33-92, et achète du hêtre, de l’épicéa et du bouleau pour ses sites autrichien et tchèque, sans attribuer d’essence à une fibre. Ses écarts chiffrés au modal générique restent des déclarations de fabricant.
Deux repères, souvent confondus : le label GOTS couvre les fibres naturelles biologiques, donc jamais un 100 % modal, et la certification Oeko-Tex analyse le textile fini, seul repère utile sur les questions de peau.
Notre recherche n’a fait apparaître aucun producteur de fibre modal installé en France. Prouver une absence reste impossible : c’est un constat de recherche, pas une certitude.
Les sites de pâte et de fibre publiés par Lenzing sont autrichien, tchèque et brésilien, et Birla Cellulose est indien. Si vous connaissez un filateur français, écrivez-nous, nous corrigerons.
Que peut faire une marque d’ici ? Tout le reste : acheter un fil européen, le faire tricoter, teindre et confectionner en France, comme le boxer cité plus haut. La distinction entre marque française et fabrication française se joue là. La seule exigence raisonnable est qu’une marque nomme ses étapes : quel tisseur, quel teinturier, quel atelier. Celles qui le font sont dans notre sélection de pièces confectionnées dans l’Hexagone.
Dans notre annuaire, le modal reste une fibre d’appoint : rarement employée seule, jamais mise en avant.
Le comptage est le nôtre, et deux marques ne font pas un échantillon. Sur les 668 fiches produits de FRNCH, 333 affichent une composition : polyester 147 fois, coton 145, modal 18. Chez Mademoiselle Culotte, 2 fiches sur 142 citent le modal.
| Article | Composition affichée | Prix relevé le 13 septembre 2026 |
|---|---|---|
| Culotte menstruelle Marie, Mademoiselle Culotte | Corps de la culotte : 92 % modal, 8 % élasthanne | 26,90 €, barré à 35,90 € |
| Polo en maille, FRNCH | 60 % modal, 28 % polyester, 12 % laine | 75 € |
| Écharpe de la gamme maille, FRNCH | 28 % acrylique, 28 % polyester, 22 % polyamide, 18 % modal, 4 % laine | 49 € |
| Pull de la même gamme, FRNCH | 28 % acrylique, 28 % polyester, 22 % polyamide, 18 % modal, 4 % laine | 75 à 85 € |
| Boxer d’une boutique de sous-vêtements confectionnés en France | 47 % modal, 47 % coton, 6 % élasthanne, jersey 160 g/m² | 29,00 € |
Un point que nous ne pouvons pas trancher : la page « Qui sommes-nous » de Mademoiselle Culotte ne nomme ni pays ni atelier.
Une fibre artificielle faite de cellulose de bois dissoute puis refilée, de la même famille que la viscose et le lyocell. Sa particularité est réglementaire : l’Europe ne l’autorise à porter ce nom que si le fil garde une résistance élevée une fois mouillé.
La même matière première et la même voie chimique, avec des réglages de filage différents. Le modal en sort plus résistant à l’état humide, donc plus stable au fil des lavages, et plus fin. La viscose reste moins chère et plus fragile mouillée.
Non. Son point de départ est bien végétal, du bois, mais il faut de la soude et du disulfure de carbone pour en tirer un fil textile. Le modal est donc rangé parmi les fibres artificielles, à mi-chemin du coton et du polyester.
Pas par lui-même. Ce qui isole, c’est l’épaisseur du tricot et l’air qu’il retient. Un tee-shirt fin en coton modal se porte au printemps sans tenir chaud, un pull tricoté avec le même fil vous tiendra parfaitement au chaud.
Moins qu’un synthétique. Lenzing décrit une fibre qui absorbe l’humidité puis la restitue, ce qui laisse un microclimat plus sec sur la peau. Aucun chiffre d’absorption comparée au coton n’est publié par le producteur, contrairement à ce qu’on lit partout.
Le modal est une bonne fibre mal expliquée. Sur une culotte ou un tee-shirt d’été, un mélange coton modal fait ce qu’on lui demande : une main douce qui tient des dizaines de lavages, moins cher que le lyocell. Je le préfère à une viscose classique sur une pièce portée à même la peau, pour une raison simple : sa définition garantit sa tenue mouillée, celle de la viscose ne garantit rien.
Deux réserves. Si le procédé compte pour vous, le modal reste du côté du disulfure de carbone, et le lyocell mérite son supplément. Et si on vous vend du « modal de hêtre français », l’essence n’est pas documentée et la fibre n’est pas filée ici.
Vêtements, chaussures, accessoires : retrouvez les marques qui fabriquent en France, leurs ateliers et leurs engagements, classées par univers.
170 marques qui fabriquent en France, les 20 plus en vogue, où acheter moins cher (villages de marques, friperies, bons plans) et le vestiaire 100 % France chiffré.
Un seul e-mail, avec le lien du guide. Pas de newsletter sans votre accord.
C'est envoyé. Vous pouvez aussi télécharger le guide maintenant.